Paysage historique et politique de la République de Guinée


Guinea Flag

L'histoire de la Guinée maritime a été influencée, à partir du 15ème siècle, par le contact avec les Européens, tandis que celle de la Haute Guinée et de la Moyenne Guinée a été marquée, dès le 5ème siècle, par les grands empires africains qui l'ont progressivement englobée, puis à partir du 17ème siècle, par l'arrivée massive des populations peules. Durant le Moyen Age ouest-africain, la Guinée n'a joué de rôle important qu'avec l'avènement de l'Empire du Mali au 13ème siècle.

Au 19ème siècle, la zone côtière, occupée au préalable par les Portugais, passe rapidement sous le contrôle de l'armée française. Après une série de plusieurs accords locaux et internationaux, la Guinée est proclamée colonie française en 1891. Très vite la Guinée française fut incorporée à un ensemble plus vaste -l'Afrique Occidentale Française (AOF)- ayant sa capitale à Dakar et où siégeait le gouverneur général. La politique coloniale se solda par la destruction des structures politiques antérieures ou leurs soumissions aux intérêts français. Avec la colonisation, l'introduction de grandes plantations permit le développement du secteur agricole à l'image de la banane, du caoutchouc, de l'ananas, etc. Le secteur minier connu également un important essor. Dès le début du 20ème siècle, l'or, le diamant et la bauxite connaissent une importante exploitation.

La trajectoire politique de la Guinée est marquée par les conditions de sa rupture avec la France. Ancien leader syndical charismatique, auréolé du prestige lié à son statut de champion de l'anticolonialisme et du panafricanisme, Sékou Touré instaure à partir de 1958 un régime labellisé " révolution guinéenne ", censé conduire à une décolonisation intégrale des structures du pays et à l'avènement d'une société socialiste grâce à l'action d'un parti-État, le Parti démocratique de Guinée. C'est en réalité un régime totalitaire qui s'impose : tensions avec les pays voisins (Côte-d'Ivoire, Sénégal), tentatives externes de déstabilisation (attaque de Conakry par un commando portugais en 1971) et paranoïa de Sékou Touré (menace permanente supposée de la France, pseudo-complot peul en 1976) font glisser le régime vers une dictature civile des plus brutales (près de 50 000 victimes et 2 millions d'exilés, dont la majorité des intellectuels). L'économie fut donc organisée selon les principes du socialisme et les secteurs clefs, notamment le secteur minier, furent nationalisés suivant le principe de la " décolonisation intégrale des structures du pays " et de l'idéologie socialiste.

Le décès de Sékou Touré en 1984 entraîne l'effondrement de son régime et, à la suite d'un coup d'État, la proclamation d'une IIe République dirigée par un Comité militaire de redressement national à la tête duquel est porté le général Lansana Conté.

Bien qu'à son arrivée, le nouveau régime promit de "créer les bases d'une démocratie véritable" et prit des mesures politiques fortes, ces principes démocratiques ne furent guère respectés. Une première tentative de coup d'État contre la dictature militaire, en juillet 1985, est suivie d'une sanglante répression principalement dirigée contre les Malinké. La relative démilitarisation du régime à partir de 1991 (mue du CMRN en Comité transitoire de redressement national ouvert à des civils, approbation par référendum d'une réforme constitutionnelle) et l'organisation des premières élections pluralistes (1993 et 1995) aboutissent à un système politique dominé par le Parti de l'Unité et du Progrès du Président Conté. En effet, notamment en raison de la difficulté de l'opposition à s'unir, le processus démocratique guinéen est resté largement contrôlé par le pouvoir. L'opposition étant entravée, le régime fait face à des remous récurrents dans l'armée ainsi qu'aux contraintes liées à l'instabilité régnant dans les pays voisins : réfugiés, trafics d'armes… Malgré une deuxième tentative de coup d'Etat en 1996 et plusieurs mutineries sporadiques, Lansana Conté est réélu en 1998 lors d'élections contestées.

En 2002, l'opposition boycotta les élections législatives et le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP) gagna 75% des sièges. Lansana Conté remporta à nouveau le scrutin présidentiel de 2003, précédé d'un référendum, boycotté par l'opposition, sur la modification de la constitution portant mandats illimités, sans limite d'âge des candidats et transformation du mandat en septennat (au lieu du quinquennat).

Enfin, les dernières élections communales de 2005 se traduisirent par la victoire du PUP dans toutes les préfectures sauf une. Malgré ces " victoires électorales ", le pouvoir de Lansana Conté était mis à mal depuis 2007 par une forte contestation et des mouvements sociaux, réprimés violemment, et de plusieurs mutineries militaires.

Aussitôt connue l'annonce du décès de Lansana Conté, un groupe de militaires, le Conseil National pour le Développement et la Démocratie (CNDD), a pris le pouvoir en dissolvant les institutions et suspendant la Constitution. Le Capitaine Moussa Dadis Camara est proclamé Président de la République. A peine constitué, le CNDD a suspendu la Constitution, dissout les institutions républicaines, proclamé l'arrêt de l'activité politique et syndicale et pris le contrôle de l'armée et des institutions de l'Etat. Dès février 2009, un processus de transition est mis en place sous la pression du Groupe International de Contact pour la Guinée (GIC-G) et la suspension des activités politiques et syndicales est levée. Un Forum des Forces Vives (FFV) est alors constitué, regroupant partis politiques de tous bords, syndicats, organisations religieuses et de la société civile. Cette coalition a formulé un plan vers un retour à l'ordre constitutionnel, prévoyant la tenue d'élections législatives et présidentielles avant la fin de 2009. Cependant, le manque de volonté du CNDD de tenir ses engagements conduit à une détérioration des conditions sécuritaires.

Le 28 septembre 2009, lors d'un rassemblement organisé à l'appel du FFV, contestant la décision du capitaine Moussa Dadis Camara de convoquer une élection présidentielle fin janvier 2010 et de s'y présenter (en contradiction avec le consensus préalable d'écarter la candidature des militaires au pouvoir), les militaires ont ouvert le feu sur les manifestants, faisant près de 150 morts et plus d'un millier de blessés. Des dizaines de cas de viols ont également été signalés en connexion avec ces événements. Une enquête internationale de l'ONU a qualifié les massacres de " crime contre l'humanité " et incriminé plusieurs responsables de la junte.

Le 3 décembre 2009, Moussa Dadis Camara est victime d'une tentative d'assassinat par son aide de camp, suite aux dissensions croissantes au sein de la junte et face à la pression internationale pour poursuivre les responsables des événements de septembre 2009. Blessé par balle à la tête, il disparait de la scène publique, remplacé par le Général Konaté, numéro trois du CNDD.

Conclue sous médiation du Président burkinabais Blaise Compaoré, la (DO) du 15 janvier 2010 entre Moussa Dadis Camara et Déclaration de OuagadougouSékouba Konaté, constitue le socle du processus de transition en cours. Sékouba Konaté fut ainsi officialisé Président par Intérim de la République de Guinée et Président de la Transition.

En l'absence d'un cadre constitutionnel opérationnel, la DO prévoit, entre autres mesures, la création d'un Conseil National de la Transition (CNT) conçu comme un organe délibérant représentatif des composantes de la société guinéenne et présidé par une personnalité religieuse. Elle prévoit aussi la nomination d'un Premier ministre issu du FFV, la formation d'un gouvernement d'union nationale, la révision du fichier électoral et l'organisation d'une élection présidentielle dans les 6 mois. Surtout, elle n'autorise pas les candidatures des acteurs investis directement dans le processus de transition (Président, Premier ministre et membres du Gouvernement, des membres du CNDD, membres des forces de défense et de sécurité, etc.).

Le 21 janvier 2010, le Président Konaté nomme Jean-Marie Doré comme Premier Ministre sur désignation des FFV. Il se voit chargé de constituer un gouvernement d'Union Nationale de 30 membres (34 aujourd'hui) issus du CNDD, de l'opposition et des principaux groupes ethniques régionaux. Sa concurrente à la Primature, la populaire Rabiatou Sera Diallo, syndicaliste au sein des FFV, est nommée Présidente du Conseil National de Transition (CNT).

La mise en place de cette institution de transition, et notamment la répartition des postes clefs en son sein fait l'objet de contestations de plusieurs partis politiques et associations de la société civile. Ainsi, le Bloc des Forces Patriotiques de Guinée (BFPG), regroupant de plusieurs petits partis politiques et associations proche de Moussa Dadis Camara, a dénoncé la nomination de vice-présidents du CNT (non prévue par la DO) mais aussi la mainmise des FFV sur 26 des 30 places réservées aux partis politiques. Le BFPG n'est représenté à la CNT que par trois délégués. Parallèlement, un autre groupement de formations politiques, l'Alliance Nationale pour le Renouveau (ANR)1 , a refusé d'accepter les cinq places qui lui ont été allouées.

Les 15 et 17 avril, le CNT a transmis au Président un projet de Loi Fondamentale et de Code électoral toilettés pour recueillir ses observations et faciliter leur promulgation. La Loi Fondamentale est adoptée le 7 mai 2010 et le Code promulgué le 24 mai 2010.


1 L’ANR est issue d’une scission avec des FFV à la mi-2009. Elle est composée d’une quarantaine de partis politique et est présidé par Ousmane Bah de l’UPR.