Tunisie 2011: contexte historique et politique


Berceau pendant l'Antiquité de la civilisation carthaginoise avant de passer sous domination romaine, arabe puis ottomane, la Tunisie devint Protectorat français en 1881.

Habib Bourguiba ou l'établissement d'un " autoritarisme modernisateur " : 1956-1987

Après l'accession de la Tunisie à l'indépendance, le 20 mars 1956, la Constitution du 1er juin 1959 dota Habib Bourguiba de pouvoirs exécutifs et législatifs très conséquents, comparables à la fois au chef de l'État dans un système présidentiel et au premier ministre dans un système parlementaire. À ces pouvoirs très étendus correspondait la quasi-absence de contrôle parlementaire. Avec l'interdiction du Parti Communiste Tunisien (PCT) en 1963, un régime de parti unique était établi de facto, celui du Parti du Néo-Destour (PND), rebaptisé en 1964  Parti Socialiste Destourien (PSD). Les syndicats, fortement impliqués dans la lutte pour l'indépendance, furent également soumis à l'autorité du parti unique. En 1974, Habib Bourguiba fut proclamé « Président à vie » par l'Assemblée nationale en raison de son rôle historique dans l'indépendance du pays.

À partir de la fin des années 70, le pays allait traverser un certain nombre de crises : grève générale de 1978 ; révolte à Gafsa d'un groupe armé soutenu par la Libye en 1980 et  la " Révolte du pain " en 1984. Ces événements ont marqué la fin des années de croissance et de relative prospérité après l'indépendance. Au début des années 80, le régime connaît une grave crise de succession du fait de l'aggravation de l'état de santé de Habib Bourguiba, une période également marquée par son incapacité à relever les grands défis économiques et politiques du pays, dont l'émergence de l'Islam politique avec le Mouvement de la Tendance Islamique (MTI).

La Tunisie de Ben Ali : 7 novembre 1987 - 14 janvier 2011

Nommé Premier ministre en octobre 1987, avec pour mandat une politique de répression du mouvement islamiste, le général Zine El Abidine Ben Ali dépose le président Bourguiba le 7 novembre suivant, en faisant constater son incapacité physique et mentale d'exercer ses pouvoirs, un cas de figure prévu par la Constitution de 1959,  Ben Ali assurant automatiquement la présidence par intérim. Formellement élu Président de la République en 1989,  il sera réélu en 1994, 1999, 2004 et 2009 lors d'élections qui ne respectaient pas les critères démocratiques.

Au cours de ses 23 années au pouvoir, le président Ben Ali entreprit des réformes institutionnelles destinées avant tout à donner une façade présentable à un régime de plus en plus autoritaire.  Des élections législatives faussement pluralistes se tenaient tous les cinq ans, en violation des standards internationaux. Les élections législatives de 1989, marquées par l'entrée en lice sur des listes indépendantes du MTI, rebaptisé Ennahda, furent suivis, à partir des années 90, par une répression croissante contre le mouvement islamiste. Cette dérive autoritaire, maquillée à l'attention de la communauté internationale par une série d'amendements constitutionnels,  devait se maintenir jusqu'à la fin du régime.

La répression politique allait s'accentuer lors des dix dernières années de la présidence Ben Ali. Des partis d'opposition à très faible marge de manœuvre (MDS, PDP, UDU, FDTL, etc.) ainsi que des associations de la société civile (LTDH- Ligue Tunisienne des Droits de l'homme, ATFD-Association Tunisiennes des Femmes Démocrates) étaient tolérés dans un cadre politique largement dominé par le RCD, le tout-puissant parti de Ben Ali. Sur le plan des droits et des libertés individuelles, le constat était tout aussi dramatique avec le quadrillage policier permanent de toute la société.

La Marsa - octobre 2011

La Révolution du Jasmin et la Transition démocratique

C'est la vitrine apparemment honorable du régime en matière de développement économique qui constitua pendant des années la garantie de sa stabilité.  Officiellement créditée d'une croissance moyenne de 5% de 1998-2007,  la Tunisie souffrait toutefois d'une réalité sociale affectant largement les classes moyennes et populaires. Un chômage touchant plus de 30% des jeunes dans certaines régions de l'intérieur du pays et une hausse persistante des prix des denrées de première nécessité ont aggravé pendant cette période les conditions de vie de millions de Tunisiens, aboutissant au soulèvement de tout le pays après l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid.

Cette Révolution du Jasmin devait aboutir, malgré la répression - 265 morts selon la Commission Nationale d'Investigation -, à la fuite de Ben Ali et son épouse le 14 janvier, déclenchant un Printemps Arabe qui devait ensuite déferler notamment sur l'Egypte et la Libye.  

La Tunisie entame depuis, pour la première fois de son histoire, une véritable transition démocratique, la présidence par intérim étant assurée d'abord par le Premier ministre Mohammed Ghannouchi,  puis par le président de la Chambre des Députés, Fouad Mebazaa. Dès le 17 janvier, la Constitution de 1959 était formellement suspendue. Une série d'institutions provisoires étaient créées dont La Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.

Les gouvernements provisoires en place depuis le 14 janvier 2011 - les deux gouvernements successifs de Mohammed Ghannouchi (17 - 27 janvier 2011 et 27 janvier - 27 février 2011) puis  celui de Béji Caïd Essebsi - ont inscrit leurs programmes dans la perspective de l'organisation d'élections libres et transparentes d'une Assemblée Constituante.